
Dans une charpente, certains mots semblent réservés aux spécialistes. Le terme empannon en fait partie. Pourtant, cette pièce de bois joue un rôle très concret dans la tenue d’un toit, en particulier lorsqu’il comporte une croupe, une noue ou des formes plus complexes qu’une simple toiture à deux pans.
Un empannon est une pièce de charpente inclinée, généralement plus courte qu’un chevron courant, qui vient s’appuyer sur une pièce oblique comme un arêtier ou une noue. On parle aussi de chevron d’empannon, car sa fonction se rapproche de celle d’un chevron : il participe au support de la couverture, des liteaux, de l’écran sous-toiture et, selon les cas, de l’isolation.
On rencontre surtout les empannons dans les toitures qui ne se limitent pas à deux versants rectangulaires. Ils sont fréquents sur les toits à croupe, les toitures en L, les lucarnes, les noues et les raccords de volumes. Leur particularité est de ne pas aller nécessairement du bas du toit jusqu’au faîtage. Ils rejoignent une pièce inclinée intermédiaire, ce qui les distingue des chevrons ordinaires.
Pour visualiser un empannon, il faut imaginer un versant de toiture coupé par une arête diagonale. Sur un toit à croupe, par exemple, l’arêtier forme la ligne oblique qui relie l’angle du bâtiment au faîtage. Les empannons viennent se fixer de part et d’autre de cette ligne, avec des longueurs différentes selon leur position.
En partie basse, l’empannon peut reposer sur une panne sablière, une panne intermédiaire ou une lisse selon la conception de la charpente. Pour comprendre ce point d’appui, la pièce d’appui basse de la charpente est souvent décrite comme un élément essentiel de répartition des charges sur les murs porteurs.
La fonction principale d’un empannon est de transmettre les charges de toiture vers les éléments porteurs. Ces charges comprennent le poids propre de la couverture, les liteaux, les éventuels panneaux, l’isolation, mais aussi les efforts climatiques comme la neige et le vent. Même s’il peut paraître secondaire par sa taille, l’empannon participe donc à l’équilibre global du toit.
Il permet aussi de créer une surface de pose régulière pour la couverture. Sans empannons, les zones proches des arêtiers ou des noues manqueraient d’appuis suffisants pour recevoir les liteaux et les matériaux de couverture. Sur une toiture en tuiles ou en ardoises, cette régularité est indispensable pour éviter les affaissements, les défauts d’alignement et les infiltrations.
Le chevron est une pièce inclinée qui suit la pente du toit et supporte directement les liteaux ou les voliges. L’empannon remplit une mission comparable, mais il est généralement interrompu par une pièce diagonale, comme un arêtier ou une noue. Autrement dit, tous les empannons peuvent être vus comme des chevrons particuliers, mais tous les chevrons ne sont pas des empannons.
La panne, elle, est une pièce horizontale ou quasi horizontale qui soutient les chevrons. La panne faîtière se trouve au sommet du toit, tandis que les pannes intermédiaires et sablières se situent plus bas. Pour bien distinguer ces éléments, le rôle d’un chevron dans la construction bois aide à comprendre la logique d’empilement des pièces dans une toiture traditionnelle.
Les empannons sont surtout présents dans les charpentes traditionnelles, où les pièces de bois sont taillées et assemblées pour s’adapter précisément à la géométrie du bâtiment. On les observe sur les maisons anciennes à toiture complexe, les bâtiments ruraux, les extensions contemporaines avec décrochés de toit, ou encore les couvertures comportant des lucarnes.
Ils existent aussi dans certaines charpentes industrielles ou semi-industrielles, mais leur forme et leur mise en œuvre peuvent varier. Dans ce cas, ils sont parfois intégrés à des fermettes ou à des dispositifs de renfort prévus par le bureau d’études. Le principe reste identique : assurer un appui fiable dans les zones où la pente ou la forme du toit change.
L’assemblage d’un empannon dépend du type de charpente et des habitudes du charpentier. Dans une charpente traditionnelle, l’extrémité haute est souvent coupée selon un angle précis pour venir contre l’arêtier ou la noue. Cette coupe, appelée coupe biaise ou coupe d’onglet selon les cas, doit être exacte pour garantir un bon contact entre les pièces.
La fixation peut être réalisée par clouage, vissage, équerres métalliques, sabots ou assemblages plus traditionnels. Dans les ouvrages anciens, on peut rencontrer des chevilles en bois ou des entailles ajustées. La précision est importante, car un empannon mal posé peut créer un point faible, provoquer un désaffleurement de la couverture ou concentrer les efforts au mauvais endroit.
L’empannon ne travaille jamais seul. Il s’inscrit dans un ensemble formé par les pannes, les arêtiers, les noues, les chevrons, les fermes et parfois les contreventements. Dans une ferme traditionnelle, par exemple, les efforts sont repris par plusieurs pièces verticales, horizontales ou obliques. À ce titre, la pièce verticale centrale d’une ferme illustre bien la manière dont une charpente répartit les charges.
Il faut aussi distinguer les pièces de toiture des éléments de plancher. Les solives, par exemple, supportent un plancher et non la couverture. Leur logique de charge est différente, même si elles appartiennent également à la famille des pièces structurelles en bois. Les éléments porteurs d’un plancher bois permettent de mieux saisir cette distinction entre structure horizontale et structure de toiture.
Dans des combles accessibles, un empannon se repère souvent à sa longueur variable et à son arrivée sur une ligne oblique. Si plusieurs petites pièces inclinées rejoignent un même arêtier, il s’agit très probablement d’empannons. Ils sont généralement disposés à intervalles réguliers, comme les chevrons, mais leur extrémité haute ne suit pas forcément la ligne du faîtage.
La présence d’un arêtier ou d’une noue est un indice déterminant. La panne faîtière, elle, se situe au sommet de la toiture et ne doit pas être confondue avec ces lignes diagonales. Pour faire la différence, la ligne porteuse située au sommet du toit constitue un repère utile lors de l’observation d’une charpente.
Avant de modifier une toiture, d’ouvrir une trémie, d’aménager des combles ou de remplacer une couverture, l’état des empannons doit être contrôlé. Les signes d’alerte sont classiques : bois fendu, traces d’humidité, attaques d’insectes xylophages, déformation visible, affaissement localisé ou fixation défaillante. Une anomalie sur un empannon peut affecter la régularité de la couverture et favoriser les infiltrations.
Il est préférable de ne pas couper, déplacer ou percer un empannon sans avis technique. Même si cette pièce paraît secondaire, elle peut reprendre une partie importante des charges dans une zone complexe du toit. Un charpentier, un couvreur expérimenté ou un bureau d’études structure pourra vérifier les sections, les appuis et les assemblages avant d’engager les travaux. En charpente, la sécurité repose souvent sur ces détails discrets mais essentiels.